• Premier soleil

     

    DIVERS 3

     

     

    DIVERS 3

    Premier soleil

    Italie, Italie, ô terre où toutes choses
    Frissonnent de soleil, hormis tes méchants vins !
    Paradis où l’on trouve avec des lauriers-roses
    Des sorbets à la neige et des ballets divins !

    Terre où le doux langage est rempli de diphthongues !
    Voici qu’on pense à toi, car voici venir mai,
    Et nous ne verrons plus les redingotes longues
    Où tout parfait dandy se tenait enfermé.

    Sourire du printemps, je t’offre en holocauste
    Les manchons, les albums et le pesant castor.
    Hurrah ! gais postillons, que les chaises de poste
    Volent, en agitant une poussière d’or !

    Les lilas vont fleurir, et Ninon me querelle,
    Et ce matin j’ai vu mademoiselle Ozy
    Près des Panoramas déployer son ombrelle :
    C’est que le triste hiver est bien mort, songez-y !

    Voici dans le gazon les corolles ouvertes,
    Le parfum de la sève embaumera les soirs,
    Et devant les cafés, des rangs de tables vertes
    Ont par enchantement poussé sur les trottoirs.

    Adieu donc, nuits en flamme où le bal s’extasie !
    Adieu, concerts, scotishs, glaces à l’ananas ;
    Fleurissez maintenant, fleurs de la fantaisie,
    Sur la toile imprimée et sur le jaconas !

    Et vous, pour qui naîtra la saison des pervenches,
    Rendez à ces zéphyrs que voilà revenus,
    Les légers mantelets avec les robes blanches,
    Et dans un mois d’ici vous sortirez bras nus !

    Bientôt, sous les forêts qu’argentera la lune,
    S’envolera gaîment la nouvelle chanson ;
    Nous y verrons courir la rousse avec la brune,
    Et Musette et Nichette avec Mimi Pinson !

    Bientôt tu t’enfuiras, ange Mélancolie,
    Et dans le Bas-Meudon les bosquets seront verts.
    Débouchez de ce vin que j’aime à la folie,
    Et donnez-moi Ronsard, je veux lire des vers.

    Par ces premiers beaux jours la campagne est en fête
    Ainsi qu’une épousée, et Paris est charmant.
    Chantez, petits oiseaux du ciel, et toi, poète,
    Parle ! nous t’écoutons avec ravissement.

    C’est le temps où l’on mène une jeune maîtresse
    Cueillir la violette avec ses petits doigts,
    Et toute créature a le coeur plein d’ivresse,
    Excepté les pervers et les marchands de bois !

    Théodore de Banville (1823-1891)


     

     

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  • Commentaires

    4
    Samedi 28 Avril à 09:24

    Bonjour Sylvie , quel magnifique poème étant donné que nous vivons dans un monde de brutes . La poésie nous permet de rêver à un monde meilleur .

    Merci beaucoup pour ce moment de plaisir . Tendres bisous .

      • Samedi 28 Avril à 09:37

        Coucou ma douce 

        Merci infiniment pour ton gentil commentaire .

        Oui ,  on a besoin de s'évader de ce monde de fou .

        Passe une bonne journée .

        Mille doux bisous du ♥

    3
    Samedi 28 Avril à 09:06

    Ce  soleil sans lequel il n' y aurait sans doute pas de vie sur terre mérite  bien qu' on lui consacre un poème !

    J' espère qu' en le lisant, il cessera de bouder !

     passe  une bonne fin de semaine

     Bisous

      • Samedi 28 Avril à 09:36

        Coucou mon ami

        Oui le soleil c'est vie , sans lui nous sommes rien , mais aujourd'hui il boude hihihihi

        Passe une bonne journée .

        Mille doux bisous d'amitié ♥

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