•  

    Oeuf de Pâques

    Voici venir Pâques fleuries,
    Et devant les confiseries
    Les petits vagabonds s'arrêtent, envieux.
    Ils lèchent leurs lèvres de rose
    Tout en contemplant quelque chose
    Qui met de la flamme à leurs yeux.

    Leurs regards avides attaquent
    Les magnifiques œufs de Pâques
    Qui trônent, orgueilleux, dans les grands magasins,
    Magnifiques, fermes et lisses,
    Et que regardent en coulisse
    Les poissons d'avril, leurs voisins.

    Les uns sont blancs comme la neige.
    Des copeaux soyeux les protègent.
    Leurs flancs sont faits de sucre. Et l'on voit, à côté,
    D'autres, montrant sur leurs flancs sombres
    De chocolat brillant dans l'ombre,
    De tout petits anges sculptés.

    Les uns sont petits et graciles,
    Il semble qu'il serait facile
    D'en croquer plus d'un à la fois ;
    Et d'autres, prenant bien leurs aises,
    Unis, simples, pansus, obèses,
    S'étalent comme des bourgeois.

    Tous sont noués de faveurs roses.
    On sent que mille bonnes choses
    Logent dans leurs flancs spacieux
    L'estomac et la poche vides,
    Les pauvres petits, l'œil avide,
    Semblent les savourer des yeux.

    Marcel Pagnol


     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • Plaintes d'un chrétien
    sur les contrariétés qu'il éprouve
    au dedans de lui-même

    Mon Dieu ! quelle guerre cruelle !
    Je trouve deux hommes en moi :
    L'un veut que, plein d'amour pour toi,
    Mon cœur te soit toujours fidèle ;
    L'autre, à tes volontés rebelle,
    Me révolte contre ta loi.

    L'un, tout esprit et tout céleste,
    Veut qu'au ciel sans cesse attaché,
    Et des biens éternels touché,
    Je compte pour rien tout le reste ;
    Et l'autre, par son poids funeste,
    Me tient vers la terre penché.

    Hélas ! en guerre avec moi-même
    Où pourrai-je trouver la paix ?
    Je veux, et n'accomplis jamais,
    Je veux, mais (ô misère extrême !)
    Je ne fais pas le bien que j'aime
    Et je fais le mal que je hais !

    0 grâce, rayon salutaire !
    Viens me mettre avec moi d'accord,
    Et, domptant par un doux effort
    Cet homme qui t'est si contraire,
    Fais ton esclave volontaire
    De cet esclave de la mort.

    Jean Racine (1639-1699)
    Deuxième des "Cantiques spirituels",
    "Épître de saint Paul aux Romains", chap. VII.


     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire

  • Hymne

    Esprit saint, reçois notre hommage,
    C'est toi qui viens nous l'inspirer.
    Puisque nos cœurs sont ton ouvrage,
    Ne les laisse pas s'égarer.

    Toi, le don de Dieu, Dieu toi-même,
    Source inépuisable d'amour,
    Feu divin, Charité suprême,
    Clarté plus vive que le jour,

    Toi qui nous fais ce que nous sommes,
    Doigt puissant du bras souverain,
    Dont les dons prodigués aux hommes
    Dégagent le serment divin,

    Dans l'esprit répands la sagesse,
    Allume l'amour dans le cœur,
    Soutiens le corps que sa faiblesse
    De l'âme rend souvent vainqueur.

    Chasse le tentateur avide
    De nous voir partager son sort ;
    Devant nous, si ton feu nous guide,
    Vont fuir les dangers et la mort.

    Par Toi, luise en nous ce mystère
    Où la raison n'a point de lieu,
    Du Fils, de l'Esprit et du Père,
    Trois personnes, mais un seul Dieu.

    Honneur au Père à qui tout cède,
    Gloire au Fils, à l'Esprit des deux
    Qui du Père et du Fils procède,
    Éternel et puissant comme eux !

    Houdard de La Motte (1672-1731)

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique