•   La fée qui court

    PAQUE 4

     

    CONTE La fée qui court
    Georges Sand

    Je rencontrai l'autre jour une bonne fée qui courait comme une folle malgré son grand âge.

    — Êtes-vous si pressée de nous quitter, madame la fée ?

    — Ah! ne m'en parlez pas, répondit-elle. Il y a quelques centaines d'années que je n'avais revu votre petit monde, et je n'y comprends plus rien. J'offre la beauté aux filles, le courage aux garçons, la sagesse aux vieux, la santé aux malades, l'amour à la jeunesse, enfin tout ce qu'une honnête fée peut off'rir de bon aux humains, et tous me refusent. « Avez-vous de l'or et de l'argent ? me disent- ils; nous ne souhaitons pas autre chose. » Or, je me sauve, car j'ai peur que les roses des buissons ne me demandent des parures de diamants et que les papillons n'aient la prétention de rouler carrosse dans la prairie !

    — Non, non, ma bonne dame, s'écrient en riant les petites roses qui avaient entendu grogner la fée : nous avons des gouttes de rosée sur nos feuilles.

    — Et nous, disent en folâtrant les papillons, nous avons de l'or et de l'argent sur nos ailes.

    — Voilà, dit la fée en s'en allant, les seules gens raisonnables que je laisse sur la terre.

     

    George Sand
    Légendes rustiques 1859

    Ce petit conte de George Sand (1804 - 1876), La fée qui court, est parfait pour des enfants. Il évoque joliment une fée pleine de sagesse. Ce conte n’illustre pas à proprement parler le thème de Pâques, mais il va bien avec le côté merveilleux de cette fête aux résonances champêtres.

     

     

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    PAQUE 2

     

    PAQUE 2

    LA Chenille
    Elle sort d'une touffe d'herbe qui l'avait cachée pendant la chaleur. Elle traverse l'allée de sable à grandes ondulations. Elle se garde d'y faire halte et un moment elle se croit perdue dans une trace de sabot du jardinier.

    Arrivée aux fraises, elle se repose, lève le nez de droite et de gauche pour flairer ; puis elle repart et sous les feuilles, sur les feuilles, elle sait maintenant où elle va.

    Quelle belle chenille, grasse, velue, fourrée, brune avec des points d'or et ses yeux noirs !

    Guidée par l'odorat ; elle se trémousse et se fronce comme un épais sourcil.

    Elle s'arrête au bas d'un rosier. De ses fines agrafes, elle tâte l'écorce rude, balance sa petite tête de chien nouveau-né et se décide à grimper.

    Et, cette fois, vous diriez qu'elle avale péniblement chaque longueur de chemin par déglutition.

    Tout en haut du rosier, s'épanouit une rose au teint de candide fillette. Ses parfums qu'elle prodigue la grisent. Elle ne se défie de personne. Elle laisse monter par sa tige la première chenille venue. Elle l'accueille comme un cadeau.

    Et, pressentant qu'il fera froid cette nuit, elle est bien aise de se mettre un boa autour du cou.

     

    Jules Renard
    Histoires naturelles 1896

      

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    PAQUE 1 FAIT

     

     

    PAQUE 1 FAIT

      LA Poule

    Pattes jointes, elle saute du poulailler, dès qu'on lui ouvre la porte.
    C'est une poule commune, modestement parée et qui ne pond jamais d'oeufs d'or.
    Éblouie de lumière, elle fait quelques pas, indécise, dans la cour.
    Elle voit d'abord le tas de cendres où, chaque matin, elle a coutume de s'ébattre.
    Elle s'y roule, s'y trempe, et, d'une vive agitation d'ailes, les plumes gonflées, elle secoue ses puces de la nuit.
    Puis elle va boire au plat creux que la dernière averse a rempli. .
    Elle ne boit que de l'eau.
    Elle boit par petits coups et dresse le col, en équilibre sur le bord du plat.
    Ensuite elle cherche sa nourriture éparse.
    Les fines herbes sont à elle, et les insectes et les graines perdues.
    Elle pique, elle pique, infatigable.
    De temps en temps, elle s'arrête.
    Droite sous son bonnet phrygien, l'oeil vif, le jabot avantageux, elle écoute de l'une et de l'autre oreille.
    Et, sûre qu'il n'y a rien de neuf, elle se remet en quête.
    Elle lève haut ses pattes raides, comme ceux qui ont la goutte. Elle écarte les doigts et les pose avec précaution, sans bruit.
    On dirait qu'elle marche pieds nus.

    Jules Renard
    Histoires naturelles 1896


     

     

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