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    Conciliabule

    Trois lapins, dans le crépuscule,
    Tenaient un long conciliabule.
    Le premier montrait une étoile
    Qui montait sur un champ d'avoine.
    Les autres, pattes sur les yeux,
    La regardaient d'un air curieux.
    Puis tous trois, tête contre tête,
    Se parlaient d'une voix inquiète.
    Se posaient-ils, tout comme nous,
    Les mêmes questions sans réponse ?
    D'où venons-nous ?
    Où allons nous ?
    Que sommes-nous ?
    Pourquoi ces ronces
    Pourquoi dansons-nous le matin,
    Parmi la rosée et le thym ?
    Pourquoi avons-nous le cul blanc,
    Longues oreilles, longues dents ?
    Pourquoi notre nez tout le temps,
    Tremble-t-il comme feuille au vent ?
    Pourquoi l'ombre d'un laboureur
    Nous fait-elle toujours si peur ?
    Trois lapins dans le crépuscule
    Tenaient un long conciliabule.

    Et il aurait duré longtemps
    Encore si une grenouille
    N'avait plongé soudainement
    Dans l'eau de lune de l'étang.

    Maurice Carême


     

     

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  • Oeuf de Pâques

     

    Oeuf de Pâques

     

     Oeuf de Pâques

    Voici venir Pâques fleuries,
    Et devant les confiseries
    Les petits vagabonds s'arrêtent, envieux.
    Ils lèchent leurs lèvres de rose
    Tout en contemplant quelque chose
    Qui met de la flamme à leurs yeux.

    Leurs regards avides attaquent
    Les magnifiques œufs de Pâques
    Qui trônent, orgueilleux, dans les grands magasins,
    Magnifiques, fermes et lisses,
    Et que regardent en coulisse
    Les poissons d'avril, leurs voisins.

    Les uns sont blancs comme la neige.
    Des copeaux soyeux les protègent.
    Leurs flancs sont faits de sucre. Et l'on voit, à côté,
    D'autres, montrant sur leurs flancs sombres
    De chocolat brillant dans l'ombre,
    De tout petits anges sculptés.

    Les uns sont petits et graciles,
    Il semble qu'il serait facile
    D'en croquer plus d'un à la fois ;
    Et d'autres, prenant bien leurs aises,
    Unis, simples, pansus, obèses,
    S'étalent comme des bourgeois.

    Tous sont noués de faveurs roses.
    On sent que mille bonnes choses
    Logent dans leurs flancs spacieux
    L'estomac et la poche vides,
    Les pauvres petits, l'œil avide,
    Semblent les savourer des yeux.

    Marcel Pagnol

     

     

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