• KIT MAMAN 10

    KIT MAMAN 10

    Lorsque l’enfant paraît

    Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
    Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
    Fait briller tous les yeux,
    Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
    Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,
    Innocent et joyeux.

    Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre
    Fasse autour d’un grand feu vacillant dans la chambre
    Les chaises se toucher,
    Quand l’enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
    On rit, on se récrie, on l’appelle, et sa mère
    Tremble à le voir marcher.

    Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,
    De patrie et de Dieu, des poètes, de l’âme
    Qui s’élève en priant ;
    L’enfant paraît, adieu le ciel et la patrie
    Et les poëtes saints ! la grave causerie
    S’arrête en souriant.

    La nuit, quand l’homme dort, quand l’esprit rêve, à l’heure
    Où l’on entend gémir, comme une voix qui pleure,
    L’onde entre les roseaux,
    Si l’aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
    Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
    De cloches et d’oiseaux !

    Enfant, vous êtes l’aube et mon âme est la plaine
    Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
    Quand vous la respirez ;
    Mon âme est la forêt dont les sombres ramures
    S’emplissent pour vous seul de suaves murmures
    Et de rayons dorés !

    Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,
    Car vos petites mains, joyeuses et bénies
    N’ont point mal fait encor ;
    Jamais vos jeunes pas n’ont touché notre fange ;
    Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange
    À l’auréole d’or !

    Vous êtes parmi nous la colombe de l’arche.
    Vos pieds tendres et purs n’ont point l’âge où l’on marche ;
    Vos ailes sont d’azur.
    Sans le comprendre encor, vous regardez le monde.
    Double virginité ! corps où rien n’est immonde,
    Âme où rien n’est impur !

    Il est si beau, l’enfant, avec son doux sourire,
    Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
    Ses pleurs vite apaisés,
    Laissant errer sa vue étonnée et ravie,
    Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie
    Et sa bouche aux baisers !

    Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j’aime,
    Frères, parents, amis, et mes ennemis même
    Dans le mal triomphants,
    De jamais voir, Seigneur ! l’été sans fleurs vermeilles,
    La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
    La maison sans enfants !

    Victor Hugo, Les feuilles de l’Automne, XIX


     

     

     

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    KIT MAMAN 9

     

     

    KIT MAMAN 9

     

    À ma mère

    Madame Élisabeth-Zélie de Banville

    Ô ma mère, ce sont nos mères
    Dont les sourires triomphants
    Bercent nos premières chimères
    Dans nos premiers berceaux d’enfants.

    Donc reçois, comme une promesse,
    Ce livre où coulent de mes vers
    Tous les espoirs de ma jeunesse,
    Comme l’eau des lys entr’ouverts !

    Reçois ce livre, qui peut-être
    Sera muet pour l’avenir,
    Mais où tu verras apparaître
    Le vague et lointain souvenir

    De mon enfance dépensée
    Dans un rêve triste ou moqueur,
    Fou, car il contient ma pensée,
    Chaste, car il contient mon cœur.

    Juillet 1842.

     

     

     

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    KIT MAMAN 8

     


    KIT MAMAN 8

     


    A ma mère

    Après un si joyeux festin,
    Zélés sectateurs de Grégoire,
    Mes amis, si, le verre en main
    Nous voulons chanter, rire et boire,
    Pourquoi s’adresser à Bacchus ?
    Dans une journée aussi belle
    Mes amis, chantons en » chorus »
    A la tendresse maternelle. (Bis.)

    Un don pour nous si précieux,
    Ce doux protecteur de l’enfance,
    Ah ! c’est une faveur des cieux
    Que Dieu donna dans sa clémence.
    D’un bien pour l’homme si charmant
    Nous avons ici le modèle ;
    Qui ne serait reconnaissant
    A la tendresse maternelle ? (Bis.)

    Arrive-t-il quelque bonheur ?
    Vite, à sa mère on le raconte ;
    C’est dans son sein consolateur
    Qu’on cache ses pleurs ou sa honte.
    A-t-on quelques faibles succès,
    On ne triomphe que pour elle
    Et que pour répondre aux bienfaits
    De la tendresse maternelle. (Bis.)

    Ô toi, dont les soins prévoyants,
    Dans les sentiers de cette vie
    Dirigent mes pas nonchalants,
    Ma mère, à toi je me confie.
    Des écueils d’un monde trompeur
    Écarte ma faible nacelle.
    Je veux devoir tout mon bonheur
    A la tendresse maternelle. (Bis.)

    Alfred de Musset


     

     

     

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