• Poésies Eté

    Je vous offre mes créations mais je vous demande de bien vouloir respecter mon travail en ne les modifiant pas et en y laissant ma signature. Je vous souhaite une bonne visite et au plaisir de vous lire

    Tubes Hommes création

  • PRINTEMPS 15

    PRINTEMPS 15


    Dans le jardin

    La jeune dame qui marche sur la pelouse
    Devant l’été paré de pommes et d’appas,
    Quand des heures Midi comblé jette les douze,
    Dans cette plénitude arrêtant ses beaux pas,

    A dit un jour, tragique abandonnée – épouse –
    A la Mort séduisant son Poète : « Trépas !
    Tu mens. Ô vain climat nul ! je me sais jalouse
    Du faux Éden que, triste, il n’habitera pas. »

    Voilà pourquoi les fleurs profondes de la terre
    L’aiment avec silence et savoir et mystère,
    Tandis que dans leur coeur songe le pur pollen :

    Et lui, lorsque la brise, ivre de ces délices,
    Suspend encore un nom qui ravit les calices,
    A voix faible, parfois, appelle bas : Ellen !

    Stéphane Mallarmé

     

     

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    A Paris, en été, les soirs sont étouffants…
    François Coppée

    A Paris, en été, les soirs sont étouffants.
    Et moi, noir promeneur qu’évitent les enfants,
    Qui fuis la joie et fais, en flânant, bien des lieues,
    Je m’en vais, ces jours-là, vers les tristes banlieues.
    Je prends quelque ruelle où pousse le gazon
    Et dont un mur tournant est le seul horizon.
    Je me plais dans ces lieux déserts où le pied sonne,
    Où je suis presque sûr de ne croiser personne.

    Au-dessus des enclos les tilleuls sentent bon ;
    Et sur le plâtre frais sont écrits au charbon
    Les noms entrelacés de Victoire et d’Eugène,
    Populaire et naïf monument, que ne gêne
    Pas du tout le croquis odieux qu’à côté
    A tracé gauchement, d’un fusain effronté,
    En passant après eux, la débauche impubère.

    Et, quand s’allume au loin le premier réverbère,
    Je gagne la grand’ rue, où je puis encor voir
    Des boutiquiers prenant le frais sur le trottoir,
    Tandis que, pour montrer un peu ses formes grasses,
    Avec son prétendu leur fille joue aux grâces.

    François Coppée, Promenades et Intérieurs


     

     

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  • Terre de France

    Oui, partout elle est bonne et partout elle est belle,
    Notre terre de France aux mille aspects divers !
    Belle sur les sommets où trônent les hivers,
    Et dans la lande fauve à l’araire rebelle,
    Belle au bord des flots bleus, belle au fond des bois verts !

    Belle et bonne aux coteaux où la vigne s’accroche,
    Et dans la plaine grasse où moutonnent les blés ;
    Bonne dans les pâtis où les boeufs rassemblés
    Mugissent ; bonne encore aux fentes de la roche
    Où les oliviers gris aux figuiers sont mêlés !

    Au front des pics neigeux où l’aigle pend son aire,
    Et dont le soleil fait des tours de diamant,
    Dans le glacier d’où sort le gave en écumant,
    Et d’où parfois, avec un fracas de tonnerre,
    L’avalanche bondit sur nos champs de froment ;

    Belle et bonne toujours, à la fois forte et douce,
    Notre terre se dresse en granit menaçant,
    Tourne vers l’étranger son plus âpre versant,
    Et nous déroule l’autre en gradins, sans secousse,
    Comme un tapis moelleux qui d’un palais descend.

    Et là-bas, tout au bout du morne promontoire
    D’où s’élèvent, le soir, les cris et les sanglots
    Des mères et des soeurs pleurant nos matelots,
    Notre terre est superbe en sa double victoire
    De ses feux sur la nuit, de ses rocs sur les flots !

    Elle est belle surtout au pays d’où nous sommes,
    Provençaux ou Lorrains, Rouergats ou Bretons,
    Au pays qu’en nos coeurs partout nous emportons,
    Dont nous gardons l’accent, dont nous vantons les hommes,
    Et que, depuis Brizeux, à Paria nous chantons !

    Elle est douce au vallon où joua notre enfance
    Et dont l’esprit toujours reprend l’étroit chemin ;
    Douce ou l’on nous connaît, où l’on nous tend la main,
    Douce où dorment nos morts, douce où l’on a d’avance
    Marqué la place où l’on ira dormir demain !…

    Mais plus belle et plus douce à notre âme meurtrie
    Est la terre d’Alsace arrachée à nos flancs,
    La terre où sont tombés nos cuirassiers sanglants,
    Et d’où leur ombre encore éperdument nous crie :
    » Frères, comme à venir vers nous vous êtes lents ! «

    La terre qu’il faudra reprendre par l’épée,
    Quitte à donner nos fils la les plus forts, les plus beaux,
    – Mères, vous le savez ! – en pâture aux corbeaux,
    Mais qui, plus belle encor de notre sang trempée,
    Verra se soulever les morts de leurs tombeaux

    Pour regarder venir, au sommet des collines,
    Nos drapeaux bien-aimés qui claqueront au vent,
    Pour ouïr nos clairons sonner en les suivant,
    Tandis que sous le ciel, en notes cristallines,
    Ses clochers chanteront dans le soleil levant !…

    Terre de France, terre entre toutes féconde,
    Dont on a pu blesser mais non tarir le sein,
    Ruche d’où part vibrant le glorieux essaim
    Que depuis trois mille ans Dieu mène par le monde
    A l’accomplissement de quelque grand dessein ;

    Terre où le soc demain peut se changer en glaive,
    Et le canon bondir en écrasant des fleurs,
    Mère d’un peuple fier que trempent les douleurs,
    Qui trop souvent faiblit, mais toujours se relève,
    Plus grand au lendemain de ses plus grands malheurs ;

    Terre de laboureurs, d’apôtres, de poètes
    Qui font beau ton passé, triste et doux ton présent ;
    Terre d’où l’Idéal son vol puissant
    Et monte dans le ciel avec tes alouettes
    Dès que l’aigle a cessé de réclamer du sang ;

    Pardonne à l’un de ceux que tes beautés enchantent,
    Qui t’aime dans tes monts, tes plaines et tes bois,
    Tes douleurs d’aujourd’hui, tes gloires d’autrefois,
    De te chanter, un peu comme nos pâtres chantent,
    Avec beaucoup de coeur, sans art, à pleine voix.

    François Fabié, Fleurs de genêts


     

     

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