• Poésies Eté

    Je vous offre mes créations mais je vous demande de bien vouloir respecter mon travail en ne les modifiant pas et en y laissant ma signature. Je vous souhaite une bonne visite et au plaisir de vous lire

    Tubes Hommes création

  • ETE 8

     

    ETE 8


    À la Font-Georges

    Voici les lieux charmans où mon âme ravie
    Passoit à contempler Sylvie
    Ces tranquilles momens si doucement perdus.
    Boileau.

    O champs pleins de silence,
    Où mon heureuse enfance
    Avait des jours encor
    Tout filés d’or !

    O ma vieille Font-Georges,
    Vers qui les rouges-gorges
    Et le doux rossignol
    Prenaient leur vol !

    Maison blanche où la vigne
    Tordait en longue ligne
    Son feuillage qui boit
    Les pleurs du toit !

    O claire source froide,
    Qu’ombrageait, vieux et roide,
    Un noyer vigoureux
    A moitié creux !

    Sources ! fraîches fontaines !
    Qui, douces à mes peines,
    Frémissiez autrefois
    Rien qu’à ma voix !

    Bassin où les laveuses
    Chantaient insoucieuses
    En battant sur leur banc
    Le linge blanc !

    O sorbier centenaire,
    Dont trois coups de tonnerre
    Avaient laissé tout nu
    Le front chenu !

    Tonnelles et coudrettes,
    Verdoyantes retraites
    De peupliers mouvants
    A tous les vents !

    O vignes purpurines,
    Dont, le long des collines,
    Les ceps accumulés
    Ployaient gonflés ;

    Où, l’automne venue,
    La Vendange mi-nue
    A l’entour du pressoir
    Dansait le soir !

    O buissons d’églantines,
    Jetant dans les ravines,
    Comme un chêne le gland,
    Leur fruit sanglant !

    Murmurante oseraie,
    Où le ramier s’effraie,
    Saule au feuillage bleu,
    Lointains en feu !

    Rameaux lourds de cerises !
    Moissonneuses surprises
    A mi-jambe dans l’eau
    Du clair ruisseau !

    Antres, chemins, fontaines,
    Acres parfums et plaines,
    Ombrages et rochers
    Souvent cherchés !

    Ruisseaux ! forêts ! silence !
    O mes amours d’enfance !
    Mon âme, sans témoins,
    Vous aime moins

    Que ce jardin morose
    Sans verdure et sans rose
    Et ces sombres massifs
    D’antiques ifs,

    Et ce chemin de sable,
    Où j’eus l’heur ineffable,
    Pour la première fois,
    D’ouïr sa voix !

    Où rêveuse, l’amie
    Doucement obéie,
    S’appuyant à mon bras,
    Parlait tout bas,

    Pensive et recueillie,
    Et d’une fleur cueillie
    Brisant le cœur discret
    D’un doigt distrait,

    A l’heure où les étoiles
    Frissonnant sous leurs voiles
    Brodent le ciel changeant
    De fleurs d’argent.

    Octobre 1844.

    Théodore de Banville, Les Stalactites, 1846
     

     

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  • ETE 7


     ETE 7


    A la Femme aimée

    Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
    Le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain.
    Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
    Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.
    Le soir d’été semblait un rêve oriental
    De rose et de santal.

    Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
    Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
    Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts
    En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
    De tes clairs vêtements s’exhalaient tour à tour
    L’agonie et l’amour.

    Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes
    La douceur et l’effroi de ton premier baiser.
    Sous tes pas, j’entendis les lyres se briser
    En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes
    Parmi des flots de sons languissamment décrus,
    Blonde, tu m’apparus.

    Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,
    D’infini, je voulus moduler largement
    Un hymne de magie et d’émerveillement.
    Mais la strophe monta bégayante et pénible,
    Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,
    Vers ta Divinité.

    Renée Vivien, Etudes et préludes

     

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  • ETE 6

     ETE 6


    A l’horizon

    J’ai encore souvenance de ces navires,
    Voilures chahutées par de fiers aquilons,
    Éthers qui enjôlaient l’ivresse de ces sbires ;
    Ces marins râblés, l’épiderme macaron.
    – J’ai encore souvenance de ces navires…

    Aux tempêtes injurieuses, les nefs subirent
    Tant de véhémence – Tephillim tympanon
    Qu’en finalité létale elles se fendirent
    Et délivrèrent aux océans leurs cargaisons.
    – Aux tempêtes injurieuses, les nefs subirent…

    Les terribles aventures des longs gréements,
    Aujourd’hui résonnent fort et comme un airain ;
    Fabuleux voyages aux propos captivants
    En mon esprit agité – un sang de mutin.
    – Les terribles aventures des longs gréements…

    Vois ! A l’horizon se profilent les chalands,
    Vierges sacrifiées à de pénibles destins.
    Aussi on devine dans les nuages blancs
    Quelques équipages le mouchoir à la main.
    – Lors, à l’horizon se profilent les chalands…

    J’ai encore souvenance de ces navires :
    Aux tempêtes injurieuses, les nefs subirent
    Les terribles aventures des longs gréements ;
    Vois ! A l’horizon se profilent les chalands.

    Didier Sicchia, La rhétorique de l’ineffable, 2010

     

     

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