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    Jean Cocteau

    Préface à " Venise que j'aime " - 1951

    Où vit-on des danseurs au bout de feuilles mortes,
    Tant de lions couchés devant le seuil des portes,
    Tant d'aiguilles de bois, de dentelles de fer,
    De dentelles de marbre et de chevaux en l'air ?
    Où vit-on tant de fruits qu'on charge et qu'on décharge ?
    Tant de Jésus marcher sur l'eau,
    Tant de pigeons marchant de long en large
    Avec habit à queue et les mains dans le dos ?
    Où vit-on, d'un orteil, tenir sur une boule
    Un homme armé d'un parchemin ?
    Où vit-on labyrinthe encombré d'une foule
    Qui jamais ne perd son chemin ?
    Où vit-on flotter tant d'épluchures d'oranges,
    Tant de ronds, de carrés, d'ovales, de losanges
    Où vit-on des bustes charmants
    Glisser, les bras tendus, sur le bord des terrasses ?
    Où vit-on manger tant de glaces ?
    Où vit-on des radeaux être de belles places ?
    Où vit-on sur un pied dormir les monuments ?
    Où vit-on un palais qui penche
    Attendre quoi ? debout et le poing sur la hanche ?
    Où vit-on sur lamer machiner un décor ?
    Tant de filles en deuil et de dames blanches
    Se mettre au carnaval une tête de mort ?
    Où vit-on parcourir avec paniers et boîtes
    Tant de porteurs légers qui n'ont que des mains droites ?
    Où vit-on atteler des hippocampes d'or ?

        

     

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    Ô ma jolie Vénitienne !

     

    Ô ma jolie Vénitienne !

     Ô ma jolie Vénitienne !

    Dans la cambrure du Grand Canal ,
    J'ai vu fleurir des choses étranges .
    Quand les dorures sont végétales ,
    Ici les roses portent les anges .

    Villon y dirait leurs douleurs ,
    Baudelaire aimerait leurs frayeurs,
    Rimbaud y tiendrait ses couleurs ,
    Et ses voyelles, et mon bonheur .

    Ô, ma jolie vénitienne!
    Comme l'amour à l'antienne ,
    Posons sur toi le bleu de Sienne ,
    L'indigo des mers lointaines ,
    Ô, ma jolie vénitienne !

    Je t'ai cherchée sur les canaux,
    A l'aube , au pont du Rialto ,
    Comme d'autres s'enfuient à Bornéo
    Vers on ne sait quel Eldorado .
    Je t'ai cherchée sur les canaux .

    Ô, ma jolie vénitienne!
    Comme l'amour à l'antienne ,
    Posons sur toi le bleu de Sienne ,
    L'indigo des mers lointaines ,
    Ô, ma jolie vénitienne !

    A l'appel des vaporetti ,
    Au départ du pont des Scalzi ,
    M'enchante une fille d'Italie
    Qui chaque jour refleurit ,
    A l'appel des vaporetti .

    Ô, ma jolie vénitienne!
    Comme l'amour à l'antienne ,
    Posons sur toi le bleu de Sienne ,
    L'indigo des mers lointaines ,
    Ô, ma jolie vénitienne !

    Une goutte de Bardolino
    Réveilla mon cœur de Pierrot :
    Larme grenat de vin sans eau .
    Sous le pinceau de Carpaccio ,
    Une goutte de Bardolino .

    Ô, ma jolie vénitienne!
    Comme l'amour à l'antienne ,
    Posons sur toi le bleu de Sienne ,
    L'indigo des mers lointaines ,
    Ô, ma jolie vénitienne !

    Je t'ai rêvée à San Marco
    A l'ombre d'un cappucino .
    Au Florian sans nous dire un mot ,
    Sous l'azur pour un boléro ,
    Je t'ai rêvée à San Marco .

    Ô, ma jolie vénitienne!
    Comme l'amour à l'antienne ,
    Posons sur toi le bleu de Sienne ,
    L'indigo des mers lointaines ,
    Ô, ma jolie vénitienne !

    Elle a remis sa beauté blême
    Posant un masque à mon poème .

    De ses doigts sur mes lèvres crème ,
    Quand j'ai écrit les mots " Je t'aime ",
    Elle a remis sa beauté blême .

    Ô, ma jolie vénitienne!
    Comme l'amour à l'antienne ,
    Posons sur toi le bleu de Sienne ,
    L'indigo des mers lointaines ,
    Ô, ma jolie vénitienne !

    Gérard Cotton

     

     

     

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     Carnaval à l'école

    Arlequin bariolé
    De losanges, de carrés ,
    De triangles rouges
    Qui sans cesse bougent.

    Habillé tout en blanc
    Pierrot rêve nez au vent :
    Il pense à sa belle
    Assis auprès d'elle .

    Fée, pirate et mariée
    Ce jour se sont rencontrés ;
    Sourit la princesse
    En ses longues tresses.

    Petits pieds dégourdis ,
    La musique les convie
    À entrer en danse
    Pour qu'ils se fiancent.

    Gina CHÉNOUARD


     

     

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