• Poésies Automne

    Je vous offre mes créations mais je vous demande de bien vouloir respecter mon travail en ne les modifiant pas et en y laissant ma signature. Je vous souhaite une bonne visite et au plaisir de vous lire

    Tubes Hommes création

  •  

    Fuite d’automne

    Sors de ta chrysalide, ô mon âme, voici
    L’Automne. Un long baiser du soleil a roussi
    Les étangs ; les lointains sont vermeils de feuillage,
    Le flexible arc-en-ciel a retenu l’orage
    Sur sa voûte où se fond la clarté d’un vitrail ;
    La brume des terrains rôde autour du bétail
    Et parfois le soleil que le brouillard efface
    Est rond comme la lune aux marges de l’espace.
    Mon âme, sors de l’ombre épaisse de ta chair
    C’est le temps dans les prés où le silence est clair,
    Où le vent, suspendant son aile de froidure,
    Berce dans les rameaux un rêve d’aventure
    Et fait choir en jouant avec ses doigts bourrus
    La feuille jaune autour des peupliers pointus.
    La libellule vole avec un cri d’automne
    Dans ses réseaux cassants ; la brebis monotone
    A l’enrouement fêlé des branches dans la voix ;
    La lumière en faisceaux bruine sur les bois.
    Mon âme en robe d’or faite de feuilles mortes
    Se donne au tourbillon que la rafale apporte
    Et chavire au soleil sur la pointe du pied
    Plus vive qu’en avril le sauvage églantier ;
    Cependant que de loin elle voit sur la porte,
    Écoutant jusqu’au seuil rouler des feuilles mortes,
    Mon pauvre corps courbé dans son châle d’hiver.
    Et mon âme se sent étrangère à ma chair.
    Pourtant, docilement, lorsque les vitres closes
    Refléteront au soir la fleur des lampes roses,
    Elle regagnera le masque familier,
    Et, servante modeste avec un tablier,
    Elle trottinera dans les chambres amères
    En retenant des mains le sanglot des chimères.
    Cécile Sauvage, Tandis que la terre tourne

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    2 commentaires

  •  

    La glycine est fanée et morte est l’aubépine

    La glycine est fanée et morte est l’aubépine ;
    Mais voici la saison de la bruyère en fleur
    Et par ce soir si calme et doux, le vent frôleur
    T’apporte les parfums de la pauvre Campine.

    Aime et respire-les, en songeant à son sort
    Sa terre est nue et rêche et le vent y guerroie ;
    La mare y fait ses trous, le sable en fait sa proie
    Et le peu qu’on lui laisse, elle le donne encor.

    En automne, jadis, nous avons vécu d’elle,
    De sa plaine et ses bois, de sa pluie et son ciel,
    Jusqu’en décembre où les anges de la Noël
    Traversaient sa légende avec leurs grands coups d’aile.

    Ton coeur s’y fit plus sûr, plus simple et plus humain ;
    Nous y avons aimé les gens des vieux villages,
    Et les femmes qui nous parlaient de leur grand âge
    Et de rouets déchus qu’avaient usés leurs mains.

    Notre calme maison dans la lande brumeuse
    Etait claire aux regards et facile à l’accueil,
    Son toit nous était cher et sa porte et son seuil
    Et son âtre noirci par la tourbe fumeuse.

    Quand la nuit étalait sa totale splendeur
    Sur l’innombrable et pâle et vaste somnolence,
    Nous y avons reçu des leçons du silence
    Dont notre âme jamais n’a oublié l’ardeur.

    A nous sentir plus seuls dans la plaine profonde
    Les aubes et les soirs pénétraient plus en nous ;
    Nos yeux étaient plus francs, nos coeurs étaient plus doux
    Et remplis jusqu’aux bords de la ferveur du monde.

    Nous trouvions le bonheur en ne l’exigeant pas,
    La tristesse des jours même nous était bonne
    Et le peu de soleil de cette fin d’automne
    Nous charmait d’autant plus qu’il semblait faible et las.

    La glycine est fanée, et morte est l’aubépine ;
    Mais voici la saison de la bruyère en fleur.
    Ressouviens-toi, ce soir, et laisse au vent frôleur
    T’apporter les parfums de la pauvre Campine.

    Emile Verhaeren, Les heures du soir

     

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    votre commentaire
  • Novembre

    Les grands-routes tracent des croix
    A l’infini, à travers bois ;
    Les grands-routes tracent des croix lointaines
    A l’infini, à travers plaines ;
    Les grands-routes tracent des croix
    Dans l’air livide et froid,
    Où voyagent les vents déchevelés
    A l’infini, par les allées.

    Arbres et vents pareils aux pèlerins,
    Arbres tristes et fous où l’orage s’accroche,
    Arbres pareils au défilé de tous les saints,
    Au défilé de tous les morts
    Au son des cloches,

    Arbres qui combattez au Nord
    Et vents qui déchirez le monde,
    Ô vos luttes et vos sanglots et vos remords
    Se débattant et s’engouffrant dans les âmes profondes !

    Voici novembre assis auprès de l’âtre,
    Avec ses maigres doigts chauffés au feu ;
    Oh ! tous ces morts là-bas, sans feu ni lieu,
    Oh ! tous ces vents cognant les murs opiniâtres
    Et repoussés et rejetés
    Vers l’inconnu, de tous côtés.

    Oh ! tous ces noms de saints semés en litanies,
    Tous ces arbres, là-bas,
    Ces vocables de saints dont la monotonie
    S’allonge infiniment dans la mémoire ;
    Oh ! tous ces bras invocatoires
    Tous ces rameaux éperdument tendus
    Vers on ne sait quel christ aux horizons pendu.

    Voici novembre en son manteau grisâtre
    Qui se blottit de peur au fond de l’âtre
    Et dont les yeux soudain regardent,
    Par les carreaux cassés de la croisée,
    Les vents et les arbres se convulser
    Dans l’étendue effarante et blafarde,

    Les saints, les morts, les arbres et le vent,
    Oh l’identique et affolant cortège
    Qui tourne et tourne, au long des soirs de neige ;
    Les saints, les morts, les arbres et le vent,
    Dites comme ils se confondent dans la mémoire
    Quand les marteaux battants
    A coups de bonds dans les bourdons,
    Écartèlent leur deuil aux horizons,
    Du haut des tours imprécatoires.

    Et novembre, près de l’âtre qui flambe,
    Allume, avec des mains d’espoir, la lampe
    Qui brûlera, combien de soirs, l’hiver ;
    Et novembre si humblement supplie et pleure
    Pour attendrir le cœur mécanique des heures !

    Mais au dehors, voici toujours le ciel, couleur de fer,
    Voici les vents, les saints, les morts
    Et la procession profonde
    Des arbres fous et des branchages tords
    Qui voyagent de l’un à l’autre bout du monde.
    Voici les grands-routes comme des croix
    A l’infini parmi les plaines
    Les grands-routes et puis leurs croix lointaines
    A l’infini, sur les vallons et dans les bois !

    Emile Verhaeren, Les vignes de ma muraille

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Pin It

    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique