• Poésies Automne

    Je vous offre mes créations mais je vous demande de bien vouloir respecter mon travail en ne les modifiant pas et en y laissant ma signature. Je vous souhaite une bonne visite et au plaisir de vous lire

    Tubes Hommes création


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    La glycine est fanée et morte est l’aubépine

    La glycine est fanée et morte est l’aubépine ;
    Mais voici la saison de la bruyère en fleur
    Et par ce soir si calme et doux, le vent frôleur
    T’apporte les parfums de la pauvre Campine.

    Aime et respire-les, en songeant à son sort
    Sa terre est nue et rêche et le vent y guerroie ;
    La mare y fait ses trous, le sable en fait sa proie
    Et le peu qu’on lui laisse, elle le donne encor.

    En automne, jadis, nous avons vécu d’elle,
    De sa plaine et ses bois, de sa pluie et son ciel,
    Jusqu’en décembre où les anges de la Noël
    Traversaient sa légende avec leurs grands coups d’aile.

    Ton coeur s’y fit plus sûr, plus simple et plus humain ;
    Nous y avons aimé les gens des vieux villages,
    Et les femmes qui nous parlaient de leur grand âge
    Et de rouets déchus qu’avaient usés leurs mains.

    Notre calme maison dans la lande brumeuse
    Etait claire aux regards et facile à l’accueil,
    Son toit nous était cher et sa porte et son seuil
    Et son âtre noirci par la tourbe fumeuse.

    Quand la nuit étalait sa totale splendeur
    Sur l’innombrable et pâle et vaste somnolence,
    Nous y avons reçu des leçons du silence
    Dont notre âme jamais n’a oublié l’ardeur.

    A nous sentir plus seuls dans la plaine profonde
    Les aubes et les soirs pénétraient plus en nous ;
    Nos yeux étaient plus francs, nos coeurs étaient plus doux
    Et remplis jusqu’aux bords de la ferveur du monde.

    Nous trouvions le bonheur en ne l’exigeant pas,
    La tristesse des jours même nous était bonne
    Et le peu de soleil de cette fin d’automne
    Nous charmait d’autant plus qu’il semblait faible et las.

    La glycine est fanée, et morte est l’aubépine ;
    Mais voici la saison de la bruyère en fleur.
    Ressouviens-toi, ce soir, et laisse au vent frôleur
    T’apporter les parfums de la pauvre Campine.

    Emile Verhaeren, Les heures du soir

     

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  • Novembre

    Les grands-routes tracent des croix
    A l’infini, à travers bois ;
    Les grands-routes tracent des croix lointaines
    A l’infini, à travers plaines ;
    Les grands-routes tracent des croix
    Dans l’air livide et froid,
    Où voyagent les vents déchevelés
    A l’infini, par les allées.

    Arbres et vents pareils aux pèlerins,
    Arbres tristes et fous où l’orage s’accroche,
    Arbres pareils au défilé de tous les saints,
    Au défilé de tous les morts
    Au son des cloches,

    Arbres qui combattez au Nord
    Et vents qui déchirez le monde,
    Ô vos luttes et vos sanglots et vos remords
    Se débattant et s’engouffrant dans les âmes profondes !

    Voici novembre assis auprès de l’âtre,
    Avec ses maigres doigts chauffés au feu ;
    Oh ! tous ces morts là-bas, sans feu ni lieu,
    Oh ! tous ces vents cognant les murs opiniâtres
    Et repoussés et rejetés
    Vers l’inconnu, de tous côtés.

    Oh ! tous ces noms de saints semés en litanies,
    Tous ces arbres, là-bas,
    Ces vocables de saints dont la monotonie
    S’allonge infiniment dans la mémoire ;
    Oh ! tous ces bras invocatoires
    Tous ces rameaux éperdument tendus
    Vers on ne sait quel christ aux horizons pendu.

    Voici novembre en son manteau grisâtre
    Qui se blottit de peur au fond de l’âtre
    Et dont les yeux soudain regardent,
    Par les carreaux cassés de la croisée,
    Les vents et les arbres se convulser
    Dans l’étendue effarante et blafarde,

    Les saints, les morts, les arbres et le vent,
    Oh l’identique et affolant cortège
    Qui tourne et tourne, au long des soirs de neige ;
    Les saints, les morts, les arbres et le vent,
    Dites comme ils se confondent dans la mémoire
    Quand les marteaux battants
    A coups de bonds dans les bourdons,
    Écartèlent leur deuil aux horizons,
    Du haut des tours imprécatoires.

    Et novembre, près de l’âtre qui flambe,
    Allume, avec des mains d’espoir, la lampe
    Qui brûlera, combien de soirs, l’hiver ;
    Et novembre si humblement supplie et pleure
    Pour attendrir le cœur mécanique des heures !

    Mais au dehors, voici toujours le ciel, couleur de fer,
    Voici les vents, les saints, les morts
    Et la procession profonde
    Des arbres fous et des branchages tords
    Qui voyagent de l’un à l’autre bout du monde.
    Voici les grands-routes comme des croix
    A l’infini parmi les plaines
    Les grands-routes et puis leurs croix lointaines
    A l’infini, sur les vallons et dans les bois !

    Emile Verhaeren, Les vignes de ma muraille

     

     

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  • AUTOMNE 19

     

    AUTOMNE 19

    L’automne

    Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
    Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
    Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
    Convient à la douleur et plaît à mes regards !

    Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,
    J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
    Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
    Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois !

    Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
    A ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,
    C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
    Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

    Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,
    Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,
    Je me retourne encore, et d’un regard d’envie
    Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui !

    Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
    Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;
    L’air est si parfumé ! la lumière est si pure !
    Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

    Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie
    Ce calice mêlé de nectar et de fiel !
    Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
    Peut-être restait-il une goutte de miel ?

    Peut-être l’avenir me gardait-il encore
    Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu ?
    Peut-être dans la foule, une âme que j’ignore
    Aurait compris mon âme, et m’aurait répondu ? …

    La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;
    A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ;
    Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu’elle expire,
    S’exhale comme un son triste et mélodieux.

    Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques

     

     

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