• La Nuit de Mai

    PRINTEMPS 17

     

    PRINTEMPS 17


    La Nuit de Mai

    Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
    La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore.
    Le printemps naît ce soir ; les vents vont s’embraser,
    Et la bergeronnette, en attendant l’aurore,
    Aux premiers buissons verts commence à se poser.
    Poète, prends ton luth et me donne un baiser.

    Le poète.

    Comme il fait noir dans la vallée !
    J’ai cru qu’une forme voilée
    Flottait là-bas sur la forêt.
    Elle sortait de la prairie ;
    Son pied rasait l’herbe fleurie ;
    C’est une étrange rêverie ;
    Elle s’efface et disparaît.

    La Muse.

    Poète, prends ton luth ; la nuit, sur la pelouse,
    Balance le zéphyr dans son voile odorant.
    La rose, vierge encor, se referme jalouse
    Sur le frelon nacré qu’elle enivre en mourant.
    Écoute ! tout se tait ; songe à ta bien-aimée.
    Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre ramée
    Le rayon du couchant laisse un adieu plus doux.
    Ce soir, tout va fleurir : l’immortelle nature
    Se remplit de parfums, d’amour et de murmure,
    Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.

    Le Poète.

    Pourquoi mon coeur bat-il si vite ?
    Qu’ai-je donc en moi qui s’agite
    Dont je me sens épouvanté ?
    Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
    Pourquoi ma lampe à demi morte
    M’éblouit-elle de clarté ?
    Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
    Qui vient ? qui m’appelle ? Personne.
    Je suis seul ; c’est l’heure qui sonne ;
    Ô solitude ! ô pauvreté !

    La Muse.

    Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse
    Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
    Mon sein est inquiet ; la volupté l’oppresse,
    Et les vents altérés m’ont mis la lèvre en feu.
    Ô paresseux enfant ! regarde, je suis belle.
    Notre premier baiser, ne t’en souviens-tu pas,
    Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,
    Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ?
    Ah ! je t’ai consolé d’une amère souffrance !
    Hélas ! bien jeune encor, tu te mourais d’amour.
    Console-moi ce soir, je me meurs d’espérance ;
    J’ai besoin de prier pour vivre jusqu’au jour.

    Le Poète.

    Est-ce toi dont la voix m’appelle,
    Ô ma pauvre Muse ! est-ce toi ?
    Ô ma fleur ! ô mon immortelle !
    Seul être pudique et fidèle
    Où vive encor l’amour de moi !
    Oui, te voilà, c’est toi, ma blonde,
    C’est toi, ma maîtresse et ma soeur !
    Et je sens, dans la nuit profonde,
    De ta robe d’or qui m’inonde
    Les rayons glisser dans mon coeur.
    ...
    Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
    Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.

    Alfred de Musset - (1810-1857)

     

     

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  • Commentaires

    2
    Samedi 9 Mai à 15:50

    Bonjour Sylvie

    J'espère que tout va bien pour toi

    J'ai pris grand plaisir à lire ce poème d'Alfred de Musset

    vraiment magnifique

    Bon week-end - Prends soin de toi

    Marie France

      • Samedi 9 Mai à 16:36

        Coucou ma douceur

        Merci infiniment pour ton gentil commentaire ma douce amie, bonne Soirée, prend bien soin de toi .

        Mille doux  bisous du ♥

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