• À une jeune fille

    ETE 11


    ETE 11

    À une jeune fille

    Pourquoi te plaindre, tendre fille ?
    Tes jours n’appartiennent-ils pas à la première jeunesse ?
    Daïno Lithuanien

    Vous qui ne savez pas combien l’enfance est belle,
    Enfant ! n’enviez point notre âge de douleurs,
    Où le cœur tour à tour est esclave et rebelle,
    Où le rire est souvent plus triste que vos pleurs.

    Votre âge insouciant est si doux qu’on l’oublie !
    Il passe, comme un souffle au vaste champ des airs,
    Comme une voix joyeuse en fuyant affaiblie,
    Comme un alcyon sur les mers.

    Oh ! ne vous hâtez point de mûrir vos pensées !
    Jouissez du matin, jouissez du printemps ;
    Vos heures sont des fleurs l’une à l’autre enlacées ;
    Ne les effeuillez pas plus vite que le temps.

    Laissez venir les ans ! le destin vous dévoue,
    Comme nous, aux regrets, à la fausse amitié,
    À ces maux sans espoir que l’orgueil désavoue,
    À ces plaisirs qui font pitié.

    Riez pourtant ! du sort ignorez la puissance
    Riez ! n’attristez pas votre front gracieux,
    Votre oeil d’azur, miroir de paix et d’innocence,
    Qui révèle votre âme et réfléchit les cieux !

    Février 1825

    Victor Hugo, Odes et ballades, 1826

     

     

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