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    Dans le parc …

    Dans le parc aux lointains voilés de brume, sous
    Les grands arbres d’où tombe avec un bruit très doux
    L’adieu des feuilles d’or parmi la solitude,
    Sous le ciel pâlissant comme de lassitude,
    Nous irons, si tu veux, jusqu’au soir, à pas lents,
    Bercer l’été qui meurt dans nos coeurs indolents.
    Nous marcherons parmi les muettes allées ;
    Et cet amer parfum qu’ont les herbes foulées,
    Et ce silence, et ce grand charme langoureux
    Que verse en nous l’automne exquis et douloureux
    Et qui sort des jardins, des bois, des eaux, des arbres
    Et des parterres nus où grelottent les marbres,
    Baignera doucement notre âme tout un jour,
    Comme un mouchoir ancien qui sent encor l’amour.

    Albert Samain, Le chariot d’or

     

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    Chanson d’automne

    À Charles Henry

    Sur le gazon déverdi, passent — comme un troupeau d’oiseaux chimériques — les feuilles pourprées, les feuilles d’or.
    Emportés par le vent qui les fait tourbillonner éperdûment. —
    Sur le gazon déverdi, passent les feuilles pourprées, les feuilles d’or. —

    Elles se sont parées — les tristes mortes — avec une suprême et navrante coquetterie,
    Elles se sont parées avec des tons de corail, avec des tons de roses, avec des tons de lèvres ;
    Elles se sont parées avec des tons d’ambre et de topaze.

    Emportées par le vent qui les fait tourbillonner éperdûment,
    Elles passent avec un bruit chuchoteur et plein de souvenirs.
    Les platanes tendent leurs longs bras vers le soleil disparu.

    Le ciel morose pleure et regrette les chansons des rossignols ;
    Le ciel morose pleure et regrette les féeries des rosiers et les fiançailles des papillons ;
    Le ciel morose pleure et regrette toutes les splendeurs saccagées.

    Tandis que le vent, comme un épileptique, mène dans la cheminée l’hivernal orchestre,
    Sonnant le glas pour les violettes mortes et pour les fougères,
    Célébrant les funérailles des gardénias et des chèvrefeuilles ;

    Tandis que derrière la vitre embuée les écriteaux et les contrevents dansent une fantastique sarabande,
    Narguant les chères extases défuntes,
    Et les serments d’amour — oubliés.

    14 décembre 1882

    Marie Krysinska, Rythmes pittoresques, 1890

     

     

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    Bon lundi et bonne semaine

     

    Bon lundi et bonne semaine

    Automne malade

    Automne malade et adoré
    Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
    Quand il aura neigé
    Dans les vergers

    Pauvre automne
    Meurs en blancheur et en richesse
    De neige et de fruits mûrs
    Au fond du ciel
    Des éperviers planent
    Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
    Qui n’ont jamais aimé

    Aux lisières lointaines
    Les cerfs ont bramé

    Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
    Les fruits tombant sans qu’on les cueille
    Le vent et la forêt qui pleurent
    Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
    Les feuilles
    Qu’on foule
    Un train
    Qui roule
    La vie
    S’écoule

    Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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  • Pour ne pas oublier ceux qui nous ont sauvé .

     

    Chanson anonyme écrite sur la musique de "Bonsoir m'amour" (Adelmar ou Charles Sablon, le père de Germaine et Jean) à laquelle on doit sans doute le succès de cette valse dont les paroles, aujourd'hui, font presque sourire.

    Son texte recueilli par Paul Vaillant-Couturier (1892-1937), avocat puis journaliste et finalement député, qui, entré dans la guerre avec un certain enthousiasme, en sorti socialiste, revendicateur même mais surtout pacifiste. Sous-officier, en 1914, dans l'infanterie; il termina la guerre capitaine dans les chars d'assaut non sans avoir été blessé, gazé, cité à l'ordre de la Nation mais aussi condamné cinq fois pour son action en faveur de la paix.

    Vivement condamné par les autorités militaires (qui offrirent une petite fortune à celui qui en dénoncerait l'auteur) elle fut connue sous plusieurs noms dont : "Les sacrifiés", "Sur le plateau de Lorette" et "La chanson de Lorette".

    Elle demeure, aujourd'hui la chanson-type de l'antimilitarisme mais elle a été depuis dépassée par plusieurs autres. Il suffit à cet égard de citer "Quand un soldat" de Francis Lemarque (1953) ou encore le très célèbre "Déserteur" de Boris Vian (1954).
    Paroles

    Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
    On va r'prendre les tranchées,
    Notre place est si utile
    Que sans nous on prend la pile.
    Mais c'est bien fini, on en a assez,
    Personn' ne veut plus marcher,
    Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
    On dit adieu aux civ'lots.
    Même sans tambour, même sans trompette,
    On s'en va là haut en baissant la tête.

    Refrain
    Adieu la vie, adieu l'amour,
    Adieu toutes les femmes.
    C'est bien fini, c'est pour toujours,
    De cette guerre infâme.
    C'est à Craonne, sur le plateau,
    Qu'on doit laisser sa peau
    Car nous sommes tous condamnés
    C'est nous les sacrifiés !

    C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
    Tous ces gros qui font leur foire ;
    Si pour eux la vie est rose,
    Pour nous c'est pas la mêm' chose.
    Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
    F'raient mieux d'monter aux tranchées
    Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
    Nous autr's, les pauvr's purotins.
    Tous les camarades sont enterrés là,
    Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.

    au Refrain

    Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
    Pourtant on a l'espérance
    Que ce soir viendra la r'lève
    Que nous attendons sans trêve.
    Soudain, dans la nuit et dans le silence,
    On voit quelqu'un qui s'avance,
    C'est un officier de chasseurs à pied,
    Qui vient pour nous remplacer.
    Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
    Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

    Refrain
    Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
    Car c'est pour eux qu'on crève.
    Mais c'est fini, car les trouffions
    Vont tous se mettre en grève.
    Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
    De monter sur l'plateau,
    Car si vous voulez la guerre,
    Payez-la de votre peau !


     

     

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  • Chanson d’automne

    Les sanglots longs
    Des violons
    De l’automne
    Blessent mon cœur
    D’une langueur
    Monotone.

    Tout suffocant
    Et blême, quand
    Sonne l’heure,
    Je me souviens
    Des jours anciens
    Et je pleure

    Et je m’en vais
    Au vent mauvais
    Qui m’emporte
    Deçà, delà,
    Pareil à la
    Feuille morte.

    Paul Verlaine, Poèmes saturniens

     

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